chapitre - 8 - Dans la colère du ciel
Je courais sans m’arrêter, fendant le vent glacé qui hurlait sur le chemin d’Hexotech.
Sur mon épaule, ma fille tremblait, recroquevillée contre moi, effrayée par la tempête déchaînée du Gardien de la Destruction.
Les éclairs déchiraient le ciel d’un rouge spectrale, et les rafales balayaient les pierres du sol comme si la terre elle-même voulait nous repousser.
Même ici, jusqu’aux portes du Royaume d’Hexotech, la colère du Gardien atteignait son apogée.
Mon souffle devenait court, ma vision floue.
Je serrais Qyny contre ma poitrine — sa petite tête enfouie contre moi, ses yeux roses étincelants pleins de peur et d’innocence.
Je lui adressai un regard doux, malgré la panique qui me gagnait.
Elle comprit. Son corps se calma, et un faible ronronnement vibra contre mon cœur — un son minuscule, mais assez fort pour apaiser mes tourments.
Le vent rugissait, les éclairs s’abattaient autour de nous, et pourtant… je continuais à courir.
Je refusais de tomber.
J’aperçus, au loin, des silhouettes de métal luisant : un convoi de Protorbots progressant lentement à travers la fureur du ciel.
Ils empruntaient la route de la Lueur d’Héliara, en direction du Royaume d’Hexotech.
Je jetai un œil autour de moi, cherchant une autre voie malgré la visibilité presque nulle, et je repérai un sentier plus rapide pour atteindre Hexotech avant eux. Je regardai autour de moi, essayant de distinguer une autre voie à travers la tempête, et je trouvai enfin un sentier étroit menant directement au Royaume d’Hexotech.
C’était risqué, mais plus rapide.
Les rafales devinrent plus violentes. Des débris volaient, frappant le sol comme des lames.
Je levai mes bras, invoquant mes pouvoirs Cosmeris pour repousser la pluie de pierres et de feu.
Mais la tempête s’intensifiait trop vite ; pour chaque rocher détruit, dix autres surgissaient.
Soudain, un grondement plus profond que les autres.
Je levai la tête — un immense bloc de roche arraché des falaises fonçait droit sur nous.
Avant même que je puisse réagir, une lumière rosée jaillit contre ma poitrine.
Qyny sortit de sa cachette, ses yeux flamboyants, et cracha une boule de feu cosmique d’une pureté étincelante.
Le rocher explosa dans un éclair de poussière et de lumière, pulvérisé par sa force.
Je la regardai, les yeux humides malgré la rage du vent.
Je posai ma main sur sa tête et lui murmurai d’une voix tremblante :
— Merci, mon amour…
Puis je déposai un baiser sur son front avant de reprendre ma course.
La tempête hurlait plus fort encore, mais au loin, entre deux éclairs, je distinguai enfin les hautes tours d’Hexotech — un royaume de lumière et de métal dressé contre la colère du ciel.
Je titubai, épuisée, mais chaque pas me rapprochait de ce refuge.
Je savais que derrière ces murs m’attendait la prochaine étape — et peut-être… un nouvel espoir.
Lorsque j’atteignis enfin le Royaume d’Hexotech, la tempête battait encore son plein.
Les éclairs illuminaient les grandes tours métalliques, et la pluie résonnait contre les parois d’acier comme des tambours de guerre.
Les habitants s’étaient réfugiés dans leurs demeures, barricadés derrière les portes luminescentes des dômes d’énergie.
Les rues, d’ordinaire animées, n’étaient plus qu’un désert de métal et de vent.
Je marchai dans la bourrasque, Qyny serrée contre ma poitrine, sa brume rose se fondant presque dans la lumière électrique du ciel.
Je cherchais quelqu’un — n’importe qui — mais il n’y avait qu’un silence oppressant, brisé par le grondement de la tempête.
Puis, au détour d’une allée, j’aperçus un soldat, sa silhouette tremblante sous la pluie.
Il me fixa, surpris de voir une étrangère dans un tel chaos.
— Par les circuits d’Héxionis… que faites-vous ici, voyageuse ? On ne sort pas avec un temps pareil !
Je repris mon souffle, haletante :
— Je dois parler à Hectobot. C’est urgent. Les Protorbots marchent vers votre royaume. Ils seront là d’un instant à l’autre.
Ses yeux s’écarquillèrent, la peur traversant son visage d’acier.
Il hocha vivement la tête.
— Par ici ! Suivez-moi, vite !
Nous courûmes ensemble à travers les couloirs métalliques, glissant sur les dalles humides, tandis que le vent faisait trembler les verrières.
Qyny, nichée contre moi, tremblait faiblement mais gardait les yeux ouverts, attentive à chaque grondement.
Bientôt, le soldat me guida jusqu’à une grande porte scellée d’énergie bleutée : le Palais Royal d’Elyth’Héxionis.
Les murs vibraient d’une lueur argentée, alimentée par un noyau d’énergie au centre du hall.
Le soldat frappa du poing sur la plaque de métal, et la porte s’ouvrit dans un souffle électrique.
— Seigneur Hectobot ! lança-t-il.
Une étrangère est venue. Elle dit que les Protorbots approchent !
Un silence pesa. Puis, de l’ombre, une voix grave et résonnante s’éleva :
— Laisse-la entrer.
Hectobot se tenait au centre de la salle du trône, immense, forgé de plaques de métal poli et de câbles dorés.
Ses yeux luminescents observaient calmement la tempête à travers les vitres du palais.
Il tourna la tête vers moi, d’un mouvement lent mais précis.
— Étrangère… que viens-tu chercher ici, dans l’œil de la tempête ?
Je m’avançai, le cœur battant.
— Je ne viens pas pour chercher refuge… mais pour prévenir.
Les Protorbots arrivent. Ils vont envahir vos terres.
Et je peux vous aider à les arrêter.
Le silence tomba dans la salle.
Hectobot me fixa longuement, puis ses yeux s’illuminèrent d’un éclat doré.
— Tu dis… “aider” ? Qui es-tu, pour prétendre défier l’armée du chaos ?
Je redressai la tête, ma fille blottie contre moi, et répondis d’une voix ferme :
— Je suis Yukry.
Une Tel’Terrosmique.
Et je n’ai plus peur de la destruction.