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Chapitre 5 - L'éveille de la Glace

Lorsque je me suis réveillée d’un long sommeil sans rêves, je tenais entre mes mains l’artefact qu’on m’avait confié.
Je le posai sur ma poitrine, comme si je berçais un enfant.
Le froid avait changé quelque chose en moi : il m’avait rendue plus forte, plus calme, plus ancrée.
Une puissance céleste coulait dans mes veines — la fusion d’une Tel’Terrosmique et d’un sang Protorbot.

Quand je trouvai enfin la sortie de la grotte, la lumière m’aveugla.
L’air glacé fouettait mon visage, et le monde que je découvrais n’était plus celui que j’avais connu.
Les terres avaient changé, figées dans un hiver sans fin.
Je me penchai vers un éclat de glace et vis mon reflet :
je n’étais plus la fillette d’autrefois, mais une jeune femme plus grande, plus forte.
Mes cheveux, d’un bleu céleste dégradé de violet crépusculaire, brillaient d’une lueur étoilée.
Sur ma poitrine, un symbole en forme de cœur irradiait doucement — témoignage de ce que j’étais, et de ce que j’avais aimé.
Je portais un masque gravé des marques de mon peuple, symbole de la foi que j’avais jadis reniée.
Mes yeux, d’un bleu incandescent, reflétaient à présent l’âme d’un être revenu d’entre les mondes.

C’est alors que je rencontrai une race primitive que je n’avais jamais vue auparavant —
des êtres oubliés, survivants d’un temps ancien.
Je leur demandai où je me trouvais.
Un inconnu me prit doucement le bras et m’invita à le suivre.

Devant moi s’étendait un petit village, bâti contre une falaise de glace marquée d’une immense griffe.
Les huttes étaient ensevelies sous la neige, illuminées par des cristaux bleus suspendus comme des étoiles.

L’inconnu se présenta :

— Je me nomme Zerathium, de la race des Radiarions.
Voici Aurelka, une Drakstone, et Isulgar, un Fulgorium.

Zerathium me demanda qui j’étais vraiment.
Je lui répondis avec hésitation :

— Je viens d’un monde inexistant au vôtre.
J’ai été une Tel’Terrosmique, autrefois.
Une race primitive, tout comme vous.
Mais aujourd’hui, je ne sais plus si j’ai été une créatrice… ou une destructrice.
Je cherche ma fille, Qyny, une brume céleste que j’ai créée lorsque j’étais enfant.

Je lui racontai son enlèvement par les Protorbots, la folie de leur chef, et les cicatrices qu’ils avaient laissées sur nos mondes.
Les anciens m’écoutaient en silence, le regard lourd de sagesse et de douleur.

Zerathium finit par répondre, d’une voix grave et solennelle :

— Le voile entre le monde matériel et celui de l’inexistence… est un passage à craindre.
Il attire les âmes blessées et se nourrit de leurs regrets.
Si tu t’y abandonnes, il te volera tes émotions… jusqu’à faire de toi une marionnette du vide.

Puis il ajouta :

— Les Protorbots ont transformé nos Terres Paradisiaques en un champ de guerre.
Sans le Gardien de la Destruction, nous aurions disparu depuis longtemps.
Toi, Yukry, tu n’aurais jamais pu revenir ici.

Je restai muette, les poings serrés.
Mais Zerathium posa sa main sur mon épaule et me dit avec douceur :

— Pour ta fille… il n’y a que toi qui puisses la retrouver.
Suis ton lien maternel, celui qui unit une mère à son enfant.
C’est ta seule boussole dans ce monde.

Puis, d’une voix plus grave :

— Mais sois prête à accepter l’impensable : peut-être qu’elle n’est plus de ce monde.
Les Protorbots ont détruit des civilisations entières.
Même les Hexomates n’ont pas su les arrêter.

À l’évocation de ce nom, mon cœur se serra.
Hectobot…
Une image jaillit dans mon esprit — un souvenir incandescent : lui, debout entre les flammes, protégeant les nôtres.

Je quittai précipitamment leur demeure, le souffle court.
Mes cris résonnèrent dans la neige, portés par le vent glacé.
Encore une crise d’angoisse. Encore la douleur d’avoir tout perdu.

C’est alors qu’Aurelka me rattrapa.
Elle tenait entre ses mains une carte qu’elle me tendit avec douceur.

— Ici, murmura-t-elle, tu pourrais retrouver ta fille.

Je baissai les yeux, épuisée.
— Non… garde-la.
Je n’ai plus la force.
Je préfère encore dormir à jamais que souffrir davantage.

Aurelka me fixa, choquée, puis me gifla de toutes ses forces.
Le bruit claqua dans l’air gelé.

— Ta fille serait là pour toi, Yukry, même dans la misère ! hurla-t-elle.
Alors relève-toi, et agis comme une mère !

Je restai figée, la joue en feu.
Une honte immense m’envahit.
Je relevai lentement la tête, les larmes aux yeux.
Puis je la pris dans mes bras et murmurai :
— Merci… de m’avoir réveillée.

Elle me caressa la joue, son regard plein d’inquiétude.

— Fais attention à toi, me dit-elle.
Le chef des Protorbots est devenu plus puissant.
Il a créé quelque chose de nouveau… quelque chose qui ne devrait pas exister.

Elle sortit alors un cristal d’un bleu glacé :

— Tiens. C’est un cristal de Drakstone.
Mais fais attention… il peut corrompre n’importe quelle entité de ce monde.
Accepte la douleur qu’il te donnera, au lieu de la fuir.

Je le pris entre mes mains, et la brûlure fut immédiate.
La corruption du cristal s’insinua dans ma peau, une douleur glaciale qui me fit pleurer.
Je serrai les dents, puis murmurai d’une voix tremblante :

— Je te promets que j’en ferai bon usage.

Elle hocha la tête.
Je déposai un baiser sur sa joue et pris la route, seule,
guidée par une carte, un cristal… et l’amour d’une mère.

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