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Chapitre 4 -L’amour, plus fort que la fin

Le temps s’était arrêté.
Mon souffle s’éteignait lentement après l’impact de la lance du chef des Protorbots.
Je n’étais plus consciente.
J’étais tombée dans le vide.

Un vide sans chaleur ni lumière.

Je marchais pieds nus sur un sol d’étoiles brisées, flottant dans un espace où rien n’avait de forme.
Et là, j’entendis des voix.

Deux entités se tenaient face à face.
Elles étaient là… sans être là.
Leur présence semblait réelle, mais leur existence même défiait la matière —
comme si le Silence refusait de reconnaître qu’elles existaient.

Je les observais, sans oser respirer.

La première parla, d’une voix grave et éthérée :

— Tu aurais dû intervenir. Tu aurais dû la sauver.

L’autre répondit, d’un ton froid et ancien :

— Nous n’avons pas à nous mêler des affaires des mortels. Ils nous ont oubliés. Ils ont renié notre croyance.

Un silence pesant tomba, avant que la première entité ne réplique avec colère :

— Vous, les célestes, avez abandonné ce monde !
Vous prétendez aimer la création, mais vous l’avez laissée périr !
Moi, je suis né de la destruction… et pourtant, je n’ai jamais cessé d’aimer les miens.

La seconde entité leva la main.
Entre elles, la fumée se condensa, prenant la forme d’un être humain.
La silhouette tremblait, fragile, incertaine.

— Nul ne doit oublier l’existence, dit la voix en frappant la fumée.
Car oublier, c’est mourir deux fois.

Je restai immobile, fascinée et terrifiée à la fois.
Puis je sentis une présence derrière moi.

Je me retournai.

Une silhouette se dressait dans l’obscurité — un être sans visage, sans couleur, un corps d’ombre pure.
Pourtant, il me regardait.
Je ne pouvais pas voir ses yeux, mais je sentais son regard percer mon âme.

Sa voix résonna comme un écho venu d’un autre âge :

— Les êtres célestes n’ont jamais servi que ceux qui les ignoraient.
Nous n’attendions rien… sinon qu’un jour, quelqu’un entende encore nos murmures.

Je ne compris pas le sens de ses mots.
Et avant que je puisse parler, il disparut, se dissolvant dans le Silence.

Je tombai à genoux, seule, sur le sol du vide.
Devant moi, une vision apparut :
Volgarion, fou de douleur après ma mort, se jeta sur Rotob’bot pour venger ma chute.
Mais le chef des Protorbots riposta avec une arme inconnue, libérant une vague de destruction.

Volgarion résista, mais il dut fuir.
Je vis alors, horrifiée, qu’il récupéra mon corps…
et l’utilisa pour forger quelque chose.
Une arme.
Un jeune Protorbot.

Mon âme trembla.

Puis une autre voix, douce et ancienne, s’éleva dans le Silence :

— Tout n’est pas perdu, Yukry.
Seul ton amour pur peut révéler la puissance cachée en toi.
Une force ancienne, scellée depuis la naissance des Tel’Terrosmiques.
Tu portes en toi le pouvoir d’arrêter le chaos.

Sa voix vibrait comme une lumière dans l’obscurité.

— Je te connais depuis l’aube du monde, Yukry.
Je serai toujours là pour toi… et je t’aiderai à retrouver ta fille.

Mais une colère immense jaillit en moi.
Je frappai l’entité, hurlant de rage :

— Tu ne sais rien de moi ! Rien de mes souffrances !

La silhouette se dispersa en volutes de fumée, me laissant seule, à nouveau, dans le Silence.

Je ne pouvais plus rester dans ce monde.
Normalement, quand on meurt, on rejoint le monde spirituel.
Alors pourquoi suis-je ici, dans un espace vide, sans vie, sans souffle ?
Pourquoi mériter un tel châtiment ?

Je restais assise au sol, recroquevillée, la tête cachée sous mes bras.
Les larmes me brûlaient les joues.
Et soudain, un nouveau message émergea de mon âme — une vision.

J’y vis Volgarion, jeune, sauver une petite Protorbot des flammes.
Il la portait dans ses bras, comme moi j’avais porté Qyny autrefois.
Ce souvenir fit trembler mon cœur.
Une douleur aiguë, une rage froide montait en moi.

J’en avais assez d’être faible.
Assez d’être vue comme une enfant.
Après six ans de captivité, j’étais devenue une adolescente marquée, mais plus forte.

Je frappai le mur devant moi.
Il ne se brisa pas.
Il n’y avait rien à briser, rien qu’un vide sans limite.

Et c’est alors que l’entité apparut.
Une ombre démoniaque surgie du Silence — drapée d’une armure céleste sombre, constellée d’étoiles mortes, tenant une faux dont le tranchant semblait absorber la lumière.

Je n’eus pas le choix : je devais combattre.

Je sentis ma puissance se réveiller, la même énergie que celle qui m’unissait à ma fille.
L’amour que j’avais pour Qyny devint ma force.
Je bondis, poings serrés, et frappai l’entité en plein visage.
Le choc fit résonner tout l’espace.

Je pris appui au sol, me redressai, prête à me battre encore.
Chaque coup de poing faisait trembler le vide — jusqu’à ce qu’un pilier de pierre jaillisse du sol et déchire la lumière.
L’entité disparut dans un souffle.

Épuisée, je tombai à genoux.
Mon âme demeurait intacte, mais mon corps n’était plus.
Je frappai le sol, hurlant de désespoir.

— Je suis incapable de protéger ceux que j’aime !
J’ai juré de la protéger ! J’avais fait un serment !

Alors, un éclair fendit le Silence.
Une image, un souvenir.
Moi, autrefois, à l’Académie, tenant Qyny dans mes bras, lui promettant :

— Je te protégerai. Toujours.

Ce souvenir m’embrasa.
Et du sol roula un artefact — une sphère cristalline, étoilée, comme façonnée par les cieux eux-mêmes.
Elle s’arrêta à mes pieds, vibrant d’une lueur douce.

Une voix s’éleva, résonnant depuis mon âme :

— Volgarion n’est plus de ce monde.
Il est devenu un Gardien Céleste de la Destruction.
Son corps s’est consumé dans le feu,
et son esprit veille désormais sur les terres glacées des Paradisiaques.

Je restai muette.
Le temps s’effritait — les années semblaient des secondes.
Puis la douleur s’installa dans ma tête, suivie d’une vision :
le commencement d’une nouvelle extinction.

Alors je hurlai dans le vide, le souffle coupé :

— J’accepterai tout ! Tout, s’il le faut, pour retrouver ma fille !

Le Silence vibra.
Une voix d’entité résonna à nouveau, calme et profonde :

— Tu es une fille courageuse, Yukry.
Ton amour révolutionnera un monde où l’inexistence elle-même avait échoué.
Si ton devoir est de retrouver ta fille, alors nous t’accueillerons.
Mais tu renaîtras sous une autre forme — un corps astral,
loin des mortels, endormi dans les glaces de Rash.

La voix se fit douce, presque tendre :

— Le choix t’appartient.
Prends l’artefact, et renais.

Je compris.
Cette sphère n’était pas un simple don.
C’était une clé.
Je la saisis, la tenant contre mon cœur, et murmurai :

— Je ne faillirai pas.
Je retrouverai ma fille, quoi qu’il m’en coûte.

Alors, la lumière déchira le Silence.

Je me réveillai dans un nouveau corps — un corps céleste, figé dans une glace millénaire, au plus profond des cavernes de Rash.
La glace se fissura lentement sous la chaleur du vide cosmique, puis éclata.

Un souffle glacé s’échappa.
Et dans cette brume lumineuse, je fis mon premier pas.

Désormais, mon seul but est de retrouver Qyny.

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