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Chapitre 3 -Là où brûle le pardon
 

Moi et Ar’kry étions allées voir Volgarion, gravement blessé à cause de ma propre fureur.
Je regrettais profondément ce que j’avais fait, priant pour qu’il guérisse vite.
Lorsque ses troupes vinrent le chercher, je ressentis une immense tristesse.

Ar’kry, elle, restait bouleversée et effrayée.
Sa voix tremblait lorsqu’elle parla :

— Ce sont des monstres, Yukry… Ils ont tué des êtres vivants pour créer plus de ressources !
Puis il m’a attrapée par la gorge, m’a forcée à travailler pour lui… ou à mourir !
Nous ne sommes que des enfants, pas des guerrières ! Nous devons retrouver nos brumes, vite… et mettre fin à ce carnage.

Je lui demandai si elle avait aperçu nos brumes.
Elle baissa la tête et répondit :

— Ils ont pris la mienne… et la tienne aussi.

Je m’approchai, la pris dans mes bras pour la réconforter, et lui murmurai :

— Laisse-moi m’en charger, seule.

Mais elle insista :

— Qui était cet homme avec toi ?

Je restai silencieuse un moment, puis, la gorge serrée, je lui dis la vérité — du moins, la moitié.
Je lui expliquai avoir rejoint la croyance des Protorbots, celle de la Destruction, non par conviction… mais par amour pour ma fille.

Ar’kry eut un mouvement de recul.
Je vis la peur dans ses yeux, cette peur de perdre une amie qu’elle chérissait.
Je poursuivis, la voix tremblante :

— C’est un Protorbot, oui… mais pas comme les autres. Il veut renverser son chef, ramener l’équilibre.
Il a encore du bon en lui.
Tout ce que je fais… c’est pour Qyny. Je ferais tout, Ar’kry. Tout.

Elle se tut, puis dit une phrase qui déchira mon cœur :

— On ne doit jamais renier une divinité pour sauver une vie, Yukry.
C’est grâce à elle que tu as connu l’amour.

Ses mots résonnèrent comme une blessure invisible.
Elle s’éloigna en hurlant :

— Traîtresse ! Peste ! Tu n’es plus la même !
Je retrouverai ma brume sans ton aide… et sans trahir ce que je crois !

Et elle disparut dans la nuit, me laissant seule avec mes larmes.

Je sortis de la prison, seule, dans l’obscurité.
L’air froid me mordait la peau.
Volgarion avait raison.
Si je l’avais écouté, peut-être n’aurais-je pas perdu mon amie d’enfance.

Je hurlai ma douleur au vent.
Mon cœur se brisa sous le poids du regret.

Je courus sans but, jusqu’à tomber sur une patrouille de Protorbots.


Leur chef avait ordonné de capturer toute forme de vie hostile.
Je tentai de fuir, mais un tir me toucha à la cheville.


Je m’effondrai, rampant dans la poussière brûlante pour me cacher.
L’un d’eux écrasa mon bras d’un pied métallique.


Je fus capturée, traînée devant le chef des Protorbots.
Il m’observa longuement, puis dit d’une voix glaciale :

— Toi, l’enfant de la création… Quelle puissance détiens-tu ?

Je le fixai sans ciller.

— Je ne te dirai rien.

Un geste.
Des mains m’agrippèrent.

— Enfermez-la. Elle aura le temps de méditer sur le jugement qu’elle mérite.

Et je fus jetée en cellule.

Quatre ans passèrent derrière les barreaux magmatiques d’une prison volcanique.
La nourriture n’était que cendre, l’eau que vapeur.
Je sombrais lentement dans la folie.


Aucune présence.
Même Volgarion ne venait plus.

Je me sentais vide.
Un jour, la tête lourde, je m’effondrai sur le sol brûlant.

Et tout devint flou.

Je me retrouvai dans un monde où la matière et l’esprit s’effleuraient sans se toucher.
Entre eux, il n’y avait que le vide.
Je vis défiler ma vie : les joies, les rires, puis les pertes, les cris, la douleur.

J’étais en train de mourir.

Un éclair fendit le vide — un cri de lumière traversant les deux mondes.
Je sursautai, réveillée en sursaut, haletante.


Ce n’était pas un rêve.
C’était un signe.
Une voie vers Qyny.

Puis le vacarme.
Une explosion.
Des pas métalliques résonnant dans le couloir.
Une silhouette projetée contre les barreaux.
Une tête roula, s’arrêta juste devant moi.

C’était lui.

Volgarion.
Sous sa forme de Guerrier Destructeur, casque d’acier grisé, cornes draconiques dressées, il irradiait de puissance.
Il fracassa les barreaux et me souleva.

— On s’en va, Yukry. Et cette fois, pas de crise d’enfant pour une amie qui n’en valait pas la peine.

Ses mots furent durs, mais justes.
J’étais triste, honteuse, tremblante.
Il avait raison.
J’aurais dû l’écouter.

— Moi aussi, dit-il, je ferai tout pour sauver les miens.
Car l’un de notre peuple souffre d’une douleur qu’aucun pardon n’efface.

Je pleurai sur son dos métallique, frappant doucement son armure pour exprimer ma peine.

Je lui parlai de ce que j’avais vu : un éclair fendant le voile entre les mondes, laissant place au vide.
Il resta silencieux, troublé, mais la bataille l’attendait.

— Feu ! cria-t-il. Feu sur les Terres ProtoVolcaniques !

Les canons hurlèrent.
Volgarion me posa au sol.

— Reste ici.

Les missiles fondirent sur lui.
Les explosions l’engloutirent, puis se dissipèrent.
Il était toujours debout.

— Rotob’bot ! hurla-t-il.
Tu paieras pour tes péchés !

Les deux géants s’affrontèrent.
Le sol se fissurait, la lave jaillissait.
Je courus, criant son nom, refusant de le laisser.
J’empoignai une arme, frappai un soldat — il s’effondra.

Volgarion, blessé mais debout, repoussa le chef dans la lave.
Mais Rotob’bot l’entraîna avec lui.

Les deux sombrèrent dans les flammes.

Paniquée, je tendis les mains.
Un pouvoir inconnu naquit.
Sous mes pieds, une colline de pierre s’éleva pour tenter de les sauver.

Mais Rotob’bot, avant de disparaître, saisit une lance et la lança droit sur moi.
Elle me frappa en plein front.

Le monde s’effondra.
Tout devint noir.

Le vide m’appela à nouveau.

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