Chapitre 2 -À celle qui fut ma sœur
Lorsque j’ai rejoint les Protorbots et leur croyance liée au culte de la destruction, je n’avais pas vraiment compris leur but.
Voulait-il vraiment tout anéantir ? Ou cherchaient-ils simplement à mettre fin à nos souffrances, à leur manière ?
Volgarion préparait ses troupes pour affronter son propre camp. Avant la bataille, il voulut me parler.
Mais je ne voulais pas lui répondre.
Je n’avais aucune envie d’échanger avec un inconnu ; mon seul désir était de retrouver ma fille, de revoir ma famille, mon peuple.
Je l’ignorai, restant à l’écart.
Pourtant, Volgarion demeurait calme, presque humain. Sous sa carapace de métal, je sentais une colère silencieuse, une haine ancienne — peut-être dirigée contre son propre peuple.
Finalement, je lui demandai :
— Pourquoi veux-tu tuer ton chef ?
Il répondit d’une voix grave :
« La folie de notre chef n’a plus de limite. Il se nourrit d’artefacts interdits.
S’il continue, il anéantira toute vie sur cette planète. »
Je compris alors quel était son véritable but.
Et moi, qui ne voulais que revoir ma fille, je sus à cet instant que, même si je ne croyais pas en leur cause, je les suivrais.
Pas pour eux.
Pour elle.
S’il fallait mourir pour Qyny, je le ferais sans hésiter.
Je l’aimais — plus que les divinités elles-mêmes.
Elle était mon monde, ma lumière, mon serment vivant.
Volgarion me demanda quel pouvoir détenait ma fille.
Je refusai de répondre, craignant de la mettre en danger.
Il comprit, et dit simplement :
« Parfois, il vaut mieux accorder sa confiance à un inconnu qu’à ceux qu’on croit connaître. »
Alors, à demi-mot, je lui confiai un fragment de vérité :
« Ma fille dépend de moi. Elle est encore jeune, fragile. Elle a besoin de temps pour grandir. »
Il posa sa main lourde sur mon épaule.
« Alors je ferai tout pour la retrouver, Yukry. »
Volgarion détecta ensuite une source d’énergie étrange entre les Terres Paradisiaques et la Montagne des Mélodies.
« Une entité a été repérée, » dit-il.
« Et je crois que c’est là que se trouve ta fille. »
Selon lui, la présence se situait sur les Collines d’Aetherion, un lieu où brumes et lumière s’enlacent éternellement.
Je n’hésitai pas : j’acceptai de l’aider, même si cela signifiait combattre son propre peuple.
Pendant le voyage, Volgarion me parla de son passé.
« Les Protorbots n’étaient pas des conquérants.
Leur but premier était d’équilibrer la puissance entre les régions.
Trop d’énergie concentrée en un seul endroit détruit tout. »
Mais leur chef, dit-il, avait perdu la raison.
« Il veut absorber toutes les forces, créer une arme qui lui obéirait seule.
Si cela arrive, le monde sombrera dans le chaos. »
Alors Volgarion avait fondé une guilde secrète : la Guilde de la Destruction.
Non pas pour anéantir, mais pour rétablir l’équilibre.
« Je suis seul, Yukry. Mais avec toi, nous pourrions rendre à ce monde la balance qu’il a perdue. »
Après plusieurs heures de route, nous atteignîmes la prison de l’Abîme Blanc.
Un frisson me traversa ; non à cause du froid, mais à cause d’une présence familière, un écho de mon enfance.
Volgarion le sentit.
« Les Protorbots n’éprouvent pas de regret, Yukry. Et le regret est la plus douloureuse des faiblesses. »
Je le suivis à l’intérieur.
Les couloirs blancs résonnaient de pas métalliques.
Un garde s’avança ; Volgarion le questionna :
« Une source de puissance a été détectée ici. Qu’avez-vous trouvé ? »
Le garde mentit, mal à l’aise. Volgarion abattit son épée de lave contre le mur, faisant trembler la pièce.
« Tu mens. Quelqu’un est déjà venu. Si tu ne dis pas avec qui, ta région entière sera réduite en cendres. »
Terrifié, le garde finit par céder.
« Le chef des Protorbots cherche quelqu’un… doué en créativité. »
Ces mots me frappèrent comme un éclair.
Ar’kry.
C’était elle.
Je poussai tout le monde et me précipitai dans les couloirs, certaine de la retrouver, et avec elle nos brumes, Qyny et Io’Qyna.
Volgarion tenta de me rattraper, me retenant par le bras.
« Tu ne dois pas y aller seule ! »
Je hurlai :
« Je dois la retrouver ! Elle détient la clé pour ramener nos brumes ! »
Je le frappai d’un coup au ventre, m’enfuyant à travers les couloirs.
Cachée derrière un mur, haletante, j’aperçus alors une armée entière de Protorbots, leur chef en tête.
Il ordonna aux gardes de libérer les cellules. L’un d’eux refusa et tenta de le percer avec une lance de Drakstone.
L’échec fut brutal : le chef riposta et d’un seul coup d’épée, la tête du garde roula au sol.
La peur m’envahit, mais plus forte encore fut l’angoisse.
Je n’étais qu’une enfant, et je voulais simplement retrouver Ar’kry — pour que nous retrouvions nos brumes, ce lien de vie qui nous unissait.
Alors que le chef détruisait les cellules, réduisant les prisonniers en poussière, je la vis.
Dans ses mains.
Ar’kry.
La rage monta en moi, dévastatrice.
Mes larmes brûlaient mes joues, mon cœur hurlait.
Volgarion, épuisé, arriva derrière moi, tenta de me calmer. Impossible.
Une vague d’énergie cosmique jaillit de moi et le projeta au loin.
« Laisse-moi faire ! Je dois la sauver ! »
Je m’avançai seule face aux troupes et à leur chef.
Il lâcha Ar’kry et brandit son épée de lave.
Je n’avais aucune arme.
Rien d’autre que ma rage.
Il abattit la lame sur moi.
Je levai les mains : la lave toucha ma peau, mais ne me blessa pas.
Une lumière jaillit de mes paumes — une force pure, déchaînée.
La lame se fissura, hurla, puis explosa en éclats rouges et dorés.
Je saisis le chef par la gorge, portée par une puissance qui me dépassait.
Je le soulevai, puis le projetai violemment à travers les murs.
Les pierres tremblèrent, la prison sembla s’effondrer sur elle-même.
Ar’kry se jeta sur moi, en larmes, et m’enlaça.
Son étreinte fit taire ma colère ; la chaleur de son contact apaisa la tempête.
Je me retournai vers Volgarion, blessé, allongé sur le sol.
Il leva les yeux vers moi et murmura faiblement :
« Ton choix t’appartient, Yukry…
Faire confiance à ceux qu’on connaît déjà peut te condamner.
Mais croire en un inconnu, c’est parfois voir un monde que d’autres refusent de comprendre. »
Ses mots restèrent suspendus dans l’air, lourds et sincères.
Et moi, au milieu des décombres, entre Ar’kry et Volgarion, je compris :
j’avais peut-être sauvé une amie…
mais je venais de réveiller quelque chose de bien plus grand.