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chapitre - 10 - Tomber ensemble

C’est ainsi, avec ma fille serrée contre moi, que nous replongeâmes au vif du combat. Les tirs de canon des Protorbots faisaient trembler le sol et brisaient nos murs ; tout s’effondra en une fraction de seconde. Je tentai de sauver le plus d’habitants possible, arrachant des blessés aux décombres pendant que les soldats Hexomates donnaient leur vie pour ralentir la marée de fer.

Puis je l’aperçus : Rotob’bot, chef des Protorbots, accompagné de son fils Protobot. Rotob’bot s’avança, sourire menaçant, et planta sa lance en direction de ma poitrine comme pour m’intimider.
— Tu m’as échappé une fois, dit-il. Cette fois, je te tuerai.

Protobot, mal à l’aise, cherchait à raisonner son père : il savait, au fond, qu’il voulait simplement le voir vivant, intact. Quand il osa demander à Rotob’bot d’arrêter cette folie, le chef le gifla en plein visage, l’humiliant devant tous — proclamant que, le jour venu, ce serait Protobot qui hériterait de son trône.

Brisé dans son orgueil mais contraint, Protobot donna néanmoins le signal. L’armée des Protorbots se rua alors dans les rues du royaume, lançant l’invasion : chars, soldats et machines déchaînés détruisirent tout sur leur passage, laissant derrière eux fumée, ruines et cris.

C’est à ce moment-là que le véritable combat commença, dans les rues en flammes du royaume.
Je me battis avec tout ce qu’il me restait, cherchant à sauver le plus d’âmes possible aux côtés des soldats Hexomates. Ensemble, nous tentions de repousser l’invasion, de gagner du temps, d’empêcher l’effondrement total de notre monde.

Mais au milieu de ce chaos, une idée me frappa : le problème n’était pas l’armée, mais son cœur. Les Protorbots n’étaient pas tous mauvais — ils obéissaient aveuglément à un chef rendu fou par la puissance.
Et si je pouvais arrêter Rotob’bot sans le tuer ? Si je pouvais l’emprisonner, mettre fin à la guerre sans condamner davantage de vies ?
Cette pensée me donna la force de continuer, même au bord de la ruine.

Je courais dans les ruelles, ma fille serrée contre ma poitrine, entourée des soldats Hexomates. Nous cherchions désespérément des survivants… mais il ne restait que des cendres et des corps brisés.
Puis je les vis.
Ma famille.

Mon cœur se figea.
Leurs visages, paisibles dans la mort, baignés dans la lumière rouge du brasier.
Je tombai à genoux, incapable de respirer. Un cri silencieux s’étouffa dans ma gorge.
Je sentis tout s’effondrer — ma raison, ma force, mon monde.

Ma fille, Qyny, perçut ma douleur. Elle poussa un petit grognement, inquiet, cherchant à me consoler en frottant sa tête contre ma joue.
Mais mes larmes ne cessaient pas de couler.
Elle comprit.
Elle ressentit ma colère, ma détresse… et quelque chose se brisa en elle aussi.

Sans que je puisse l’arrêter, Qyny s’échappa de mes bras. Son corps s’illumina d’une lumière rose et dorée, ses ailes de brume se déployèrent dans la fumée. Elle poussa un rugissement perçant, un cri que nul être n’avait entendu depuis des millénaires.
Et elle fonça droit dans le feu.

Sa forme draconique se révéla dans toute sa splendeur.
Une brume céleste, enflammée, tissant des flammes d’un rose incandescent.
Les Protorbots s’arrêtèrent net, tétanisés. Puis le carnage commença :
Qyny déchaîna son feu cosmique, traversant les rues, pulvérisant les machines d’acier qui menaçaient encore les survivants.
Chaque rugissement faisait trembler les murs ; chaque souffle renversait des armées entières.

Les soldats Protorbots, terrifiés, reculèrent, puis battirent en retraite.
Leur panique résonnait dans les communications :

« Impossible… cette créature… c’est comme une divinité destructrice ! »
« Retirez-vous ! Retirez-vous ! »

Je restai là, immobile, les larmes brouillant ma vision.
Entre la douleur d’avoir tout perdu et la peur de perdre à nouveau ma fille, mon esprit vacilla.
Je n’étais plus qu’un souffle parmi les ruines, témoin de la fureur céleste d’un être né de mon amour et de ma douleur.

Et au milieu du chaos, une vérité brûlante s’imposa à moi :
Ma fille n’était plus une simple brume née d’une expérience.
Elle était devenue une flamme divine — le reflet même de ce que j’avais toujours été prête à protéger, quitte à en mourir.

Je me relevai, la douleur encore au creux de la poitrine, et je vis Rotob’bot arracher l’artefact de destruction de sa ceinture. Son regard métallique se fit vorace : il allait déchaîner sa puissance pour anéantir Qyny. Paralysée par la panique, je ne réfléchis pas — je brandis ma faux et la lançai de toutes mes forces vers l’objet. La lame frappa, l’artefact glissa et tomba au sol.

Au contact de la pierre, il explosa en gerbes d’éclats et d’énergie ; des ondes secouèrent la rue, projetant en arrière les troupes Protorbots comme des marionnettes brisées. Rotob’bot chuta, la façade de son visage calcinée par la déflagration, tandis que ma fille, plus petite qu’un cœur mais plus grande que la peur, esquiva l’onde et acheva les derniers soldats encore debout. Je la regardai, tremblante et fière — elle était là, fidèle, quand j’en avais le plus besoin.

L’artefact fumait encore au sol quand, dans un tourbillon d’acier, une arme volante fendit l’air. Elle frappa Qyny en pleine face : le petit corps chuta, inerte, et l’arme revint au lancer comme un boomerang. À sa prise, je reconnus Ar’kry. Son visage était dur, ses yeux d’une détermination glacée. « Qyny représente un danger, » dit-elle, la voix creusée par une loyauté que je n’avais pas prévue.

Un afflux de rage et d’amour m’engloutit. Je ne laisserai pas tomber ma fille une seconde fois. Je bondis, furieuse, prête à tout pour la protéger — contre Rotob’bot, contre Ar’kry, contre le monde entier si nécessaire.

Je me relevai, la rage et la peur encore brûlantes en moi. Rotob’bot venait d’arracher l’artefact de destruction ; il allait l’activer pour anéantir Qyny. Sans réfléchir, j’appelai à moi la puissance du voile — ce mélange dangereux entre monde matériel et monde spirituel — et la magie corrosive des Drakstones, fusionnée à l’artefact et à ma faux. Je lançai la lame droit devant moi, visant Ar’kry.


La faux heurta… mais pas Ar’kry : sa brume la protégea, se dressant comme un bouclier. Puis la brume d’Ar’kry se transforma, se condensant en un dragon blanc aux reflets étoilés, rugissant. Il cracha un feu draconique stellaire sur moi. J’esquivai de justesse et ripostai — ma faux frappa, arrachant un œil à la créature. Ar’kry s’effondra, blessée.


Elle se précipita vers sa fille, la voix brisée :
— Tu es un monstre ! hurla-t-elle.
— Le vrai monstre, c’est Rotob’bot, répondis-je, déjà haletante.


Mais c’était une ruse. Tandis que Ar’kry criait, le chef des Protorbots tenta de récupérer l’artefact. Alors interviennent T-Rexomate et Stechgess : d’un même mouvement, ils lancèrent leurs lances et clouèrent le bras de Rotob’bot au sol, l’empêchant d’atteindre l’objet. Rotob’bot hurla, arrachant les lances à mains nues ; la douleur le consumait, mais il reprit l’équilibre.


Je me précipitai vers Qyny. Elle respirait encore — faible, mais vivante. À cet instant, je sentis une présence froide derrière moi : Ar’kry, poussée par un désespoir aveugle, tenta de me tuer en plantant une lame dans mon torse.

 

J’avalai ma peur et agis. D’un geste brusque, je arrachai la Drakstone encore incrustée dans ma faux et la plantai dans son pied. Ar’kry hurla, la corruption de la pierre ravageant sa chair et son esprit.


— Pourquoi ? sanglota-t-elle entre deux gémissements. Nous étions amies !
— Parfois, répondis-je d’une voix dure, faire confiance à ce qu’on connaît aveuglément met plus en danger que de faire confiance à l’inconnu.


Je la regardai pendant qu’elle se tordait, convaincue — à tort — que je l’épargnerais toujours. Alors que j’allais finir ce que j’avais commencé, quelque chose se passa : la brume de sa mère se réveilla, se reconnecta à elle et fusionna en une symbiose étrange, leur liant de nouveau destin et chair.

 

Une peur ancienne me traversa : l’union d’Ar’kry et de sa brume rendait la blessure plus complexe, plus vivante.


Autour de nous, Rotob’bot et son fils continuaient de se battre avec les guerriers Hexomates. La vision de ces titans en lutte me donna une idée folle : si je pouvais combiner la magie que j’avais héritée du Silence avec la force brute de l’artefact de destruction, peut-être arrêterais-je cette folie d’un seul coup — au prix d’une déflagration terrifiante.


Je me saisis de l’artefact de destruction que Rotob’bot venait de lâcher, et, dans mon cœur, résonna l’écho de l’objet que le Silence m’avait confié lors de ma conscience. Je fis fusionner les deux — une union impossible, dangereuse, qui fit vibrer l’air autour de moi. Une explosion colossale jaillit, une onde de lumière et d’ombre déchirant l’espace.


Au moment où tout sembla prêt à se briser, Qyny ouvrit les yeux. Elle me regarda — rose, lumineuse — et comprit. Dans ses prunelles, je lus la même chose que j’avais décidé au fond de moi : c’était la solution la plus rapide pour mettre fin au carnage… mais pas sans conséquences. Elle savait que le prix serait lourd.


La déflagration se propagea. Dans le fracas, j’entendis des cris, des ordres, le métal qui pliait. Mais au centre de cette tempête, je tenais ma fille. Elle était là, vivante, et sa petite poitrine battait contre la mienne. J’avais choisi. J’avais fusionné. Et, pour la première fois depuis trop longtemps, je sentis que ma décision — folle, terrible, maternelle — avait sauvé ce que j’aimais le plus.


Alors que je sentais le chaos m’échapper des mains, Qyny se dressa devant moi, ses ailes déployées, son regard brûlant d’une lumière rose et céleste.
Sa voix résonna dans ma tête, pure, vibrante, presque suppliante :

— Maman… fusionnons. Ensemble, on peut canaliser la destruction. Je peux t’aider.

Je secouai la tête, la gorge nouée, la peur et la douleur se mêlant dans ma poitrine.


— Non.


Ma voix trembla, puis s’enflamma.


— Non, Qyny. Tu ne feras pas ça. Si nous fusionnons, tu risques de disparaître… Et je ne laisserai plus jamais rien t’arriver !

Elle rugit, furieuse, la brume s’échappant de ses narines en nuages d’énergie rosée.
Son rugissement me transperça le cœur, mais je tins bon.
Je posai une main tremblante sur sa joue draconique, froide et brûlante à la fois.

— Écoute-moi, mon amour… dis-je, la voix étouffée par les larmes.
— Tu es ma lumière, Qyny. Ma promesse. Si je dois mourir pour que tu vives… alors je le ferai.

Son regard s’adoucit un instant, puis s’embrasa d’une détresse que je n’oublierai jamais.
Je canalisai alors toute l’énergie de l’artefact de destruction, la douleur me lacérant le corps.
Mes doigts tremblaient, mes veines brûlaient comme du métal fondu.

Je rassemblai mes dernières forces, fis un pas en avant, puis un autre… et dans un cri, je lançai l’artefact vers le ciel.
Ma faux suivit, traçant une spirale de lumière dorée et noire — une lame prête à briser un monde entier pour le sauver.

Mais Rotob’bot, voyant mon geste, hurla d’une voix mécanique :
— NON !
Et il lança une lance, trouvée à ses pieds.

Je n’eus pas le temps de réagir.
L’arme transperça mon dos.
La douleur me coupa le souffle.
Je tombai, ma faux m’échappant des mains.

L’artefact heurta le sol, déclenchant une onde d’explosion colossale.
Tout fut balayé : les murs, les tours, les troupes. Le royaume entier trembla.
Mais l’artefact, lui… resta intact.

Je gisais au sol, incapable de bouger, la vie s’échappant lentement de moi.
Ma vision se brouillait, mon souffle devenait froid.
Je tournai la tête — Qyny était là, hurlant mon nom dans la tempête d’énergie.
Une connexion invisible s’établit entre nos âmes, un lien de lumière qui vibrait entre nous.

Mais avant que la fusion ne s’accomplisse, Ar’kry — encore vivante — surgit.
Son corps stellaire, renforcé par la brume qui la possédait désormais, brilla d’un éclat cosmique.
Elle frappa Qyny d’un choc d’énergie pure, la repoussant violemment.

— Non… murmurais-je faiblement.

Mais ma fille n’était pas une enfant fragile.
Dans un rugissement furieux, Qyny se jeta sur Ar’kry, ses ailes crevant les nuées.
Elles s’élevèrent ensemble, s’entrechoquant dans le ciel, et Qyny usa de toute sa force pour propulser Ar’kry loin du royaume.
Un éclat rose et argent fendit les nuages.
Puis plus rien.

Je sentis mes bras retomber au sol.
Le monde autour de moi s’effaçait dans un flou rose et noir.
Je voyais les ombres bouger… et Rotob’bot, boitant, se rapprochant de moi, prêt à briser la dernière connexion que je gardais avec ma fille.

Et soudain — un choc.
Une lumière.
Un hurlement de métal.

Hectobot.
Le roi d’Hexotech, depuis son trône, venait de lancer son marteau à travers la vitre du palais.
L’arme frappa Rotob’bot de plein fouet, l’écrasant au sol.
Puis Hectobot sauta à son tour, tombant dans la mêlée, prêt à finir ce qu’il avait commencé.

La connexion, elle, s’était achevée.
Qyny et moi étions liées.
Une explosion céleste d’une puissance inouïe naquit au centre du royaume.
Des vagues d’énergie cosmique balayèrent tout.
Le ciel s’ouvrit en deux.

Mes yeux s’illuminèrent d’un rose pur.
Mon corps se couvrit de fissures lumineuses, chaque pulsation marquant un battement entre la vie et la mort.
Rotob’bot tenta d’interrompre la déferlante, hurlant, brandissant ses armes…

Mais c’était trop tard.
Je saisis son cou — comme il l’avait fait jadis avec moi — et je le jetai au sol d’un geste sec.
Un rayon crépusculaire jaillit de mes mains, traversant son corps et perçant les nuées.

Protobot, voyant son père sombrer, hurla.
Il bondit sur l’artefact, désespéré, l’activant dans un ultime espoir de m’arrêter.
Un éclair titanesque frappa le sol.
La lumière m’engloutit.

Tout s’effaça.

Et lorsque je rouvris les yeux…
Je n’étais plus là.
Je flottais dans le Silence.
Ce même espace entre les mondes, où le temps se brise et où les âmes se perdent.

Je respirai faiblement.
Et, dans cet océan sans fin, j’entendis une voix douce — la sienne.

— Maman… je suis là.

Et alors, tout recommença.


Je me réveillai dans le vide.
Le même vide.
Celui où tout avait commencé.

Autour de moi, rien qu’un horizon sans couleur — un océan figé où le temps n’existait pas.
Et, comme autrefois, deux silhouettes se tenaient face à face au loin.
Leurs voix résonnaient dans le vide, graves et lointaines, comme un écho venu d’un autre âge.

— L’amour pur que tu offres aux mortels est éphémère, dit la première entité.
Sa voix vibrait d’une colère contenue.
— S’ils ne goûtent pas à la destruction, ils resteront faibles. Sans équilibre, ton amour n’est qu’une illusion.

L’autre, calme et lumineuse, répondit d’un ton ferme :
— Nul être vivant ne devrait mêler sa main à la puissance divine. L’équilibre ne vient pas de la peur, mais du choix.

Un silence. Puis la première entité hurla, sa voix brisant le vide :
— Alors ton univers s’effondrera ! Tu as bâti la création sur une divinité incapable d’assumer sa propre responsabilité !

Et dans un souffle d’énergie noire, elles disparurent toutes deux.

Je restai seule.
Mes pas résonnaient faiblement dans le vide tandis que j’avançais, incertaine, vers une lueur au loin.
Elle palpitait doucement — familière, presque rassurante.

Lorsque je m’en approchai, je la reconnus.
Cette entité... celle qui m’avait jadis remis l’artefact du Silence.
Sa silhouette brillait d’un éclat argenté, son visage dissimulé sous un voile d’étoiles.

Elle tendit une main vers moi.
Dans sa paume, l’artefact scintillait à nouveau, vibrant d’une énergie calme et profonde.

Sa voix résonna dans mon esprit — douce, mais lourde de tristesse :
— Yukry... tu as à nouveau un choix.
— Sois libre. Retourne dans un monde où ton âme vivra… mais sans jamais revoir ta fille.
Elle marqua une pause.
— Ou péris ici, dans les ténèbres glacées, en compagnie d’entités qui ne t’aimeront jamais, mais sans abandonner ton cœur.

Mon souffle se coupa.
Et avant que je ne puisse répondre, une autre voix s’éleva derrière moi.
Faible. Tremblante.
Mais je la reconnaîtrais entre mille.

— Maman…

Je me retournai lentement.
Dans la brume du vide, une forme apparut.
Des yeux roses, familiers, illuminant les ténèbres.
Un sourire à peine esquissé.
C’était elle.
Qyny.

Son visage semblait à la fois enfantin et céleste, dissimulé partiellement derrière un voile d’ombre.
Elle me regardait — triste, mais apaisée.

Je portai une main à ma bouche, les larmes montant sans retenue.
Je fis un pas vers elle, puis un autre.
Mon cœur battait si fort qu’il semblait résonner dans tout le vide.

— Qyny... ma fille...
Ma voix se brisa.
— Je suis désolée. Je n’ai pas su te protéger.

Elle secoua doucement la tête.
— Tu m’as protégée, maman. Toujours.

Ses mots me transpercèrent l’âme.
Je m’élançai vers elle, la prenant dans mes bras — ou du moins, ce qu’il en restait, une forme de lumière douce et vibrante.
Son contact était chaud, réel malgré le vide.

L’entité du Silence observait, silencieuse.

Je me détachai légèrement, les larmes brouillant ma vision.
— Je ne choisirai pas entre la lumière et l’ombre, dis-je d’une voix tremblante.
— Je ne choisirai pas un monde sans toi.

Qyny leva la tête, et dans ses yeux roses brillait une lueur d’amour infini.
Je serrai sa main plus fort.

— Nous partirons ensemble, déclarai-je en hurlant dans le vide.
— Dans le monde matériel, même si cela met Technobot en danger. Même si cela détruit tout.
— Parce que rien n’existe sans l’amour que j’ai pour toi.

L’entité du Silence ferma les yeux, et un sourire presque humain traversa son visage d’étoiles.
— Alors sois libre, Yukry. Mais souviens-toi : chaque retour à la lumière laisse une cicatrice dans l’univers.

Une brise d’argent s’éleva.
Le vide vibra.
Le sol se fractura sous nos pieds.

Je serrai Qyny contre moi.
Elle me regardait, calme, confiante.

Et dans un souffle mêlé de peur et d’amour, nous tombâmes toutes deux —
— vers la lumière.
Vers le monde des vivants.
Vers un nouvel équilibre, où la vie et la destruction marcheraient enfin main dans la main.

Je repris conscience dans le même corps meurtri, là où Protobot avait réussi à contenir ma puissance.
Autour de moi, le Royaume d’Hexotech n’était plus qu’un champ de ruines, un écho d’acier et de cendres.
Je vis la victoire des Protorbots s’inscrire dans la poussière et le sang — et pourtant, au milieu de ce désastre, je serrai ma fille contre moi.

Qyny tremblait faiblement dans mes bras, ses yeux roses noyés de larmes et de lumière.
Je la regardai longuement, puis murmurai :

— C’est le moment, ma fille… le moment de mettre fin à toute cette destruction.

Alors, ensemble, nous appelâmes la force du vide — celle que nous avions goûtée entre les mondes.
Cette puissance ancienne et interdite se réouvrit à nous.
Une brèche s’ouvrit dans l’espace même, déchirant les cieux au-dessus du royaume.
La lumière et les ténèbres se mêlèrent ; le réel se tordit sous notre souffle.

Nous fusionnâmes avec la puissance de l’inexistence.
Nos âmes se lièrent dans un tourbillon cosmique.
Mais cette énergie… trop instable, trop vaste… commença à nous corrompre.
Des veines sombres rampèrent sur ma peau, et le regard de ma fille, pourtant pur, se teinta d’un éclat noir et rose mêlé.

Rotob’bot et Protobot, voyant notre ascension, bondirent vers nous.
Ils tentèrent de m’arrêter dans ma transcendance, mais je les repoussai d’un revers de bras, les éjectant hors du royaume dans un rugissement de lumière.

La puissance me dévorait.
Je sentais le vide s’infiltrer dans chaque fibre de mon être, consumer tout ce que j’étais.
Et pourtant… je la regardai.
Ma fille.
Mon amour.
Ma raison.

Nos yeux se croisèrent, pleins de peur et de douleur.
Je compris alors ce que je devais faire.

— Pardonne-moi, Qyny, murmurai-je en étouffant un sanglot.
— Une mère n’a qu’un seul devoir : protéger son enfant.

D’un geste, je la repoussai loin de moi — sans la blesser, mais avec toute la force que j’avais encore.
Elle fut projetée dans les airs, hors du cœur de la tempête, hors de la corruption.

Je levai ensuite les bras vers les cieux.
Ma chair se fissura sous la lumière, et des éclairs de corruption jaillirent de mon corps, foudroyant les murailles, les tours et les montagnes alentours.
Le ciel se couvrit d’un voile noir strié de lumière violette, et le royaume entier trembla.

Dans le palais éventré, j’entendis la voix de Hectobot, puissante, résonner comme un ordre sacré :
— Tous, repliez-vous vers les cieux ! Quittez le royaume ! Laissez-la accomplir son destin !

Je n’étais plus qu’un être de rage et de chagrin.
Chaque battement de mon cœur provoquait un séisme.
Et pourtant, une seule pensée me maintenait debout : je le fais pour elle.

Ar’kry surgit, sa brume stellaire ondulant derrière elle.
Elle hurla mon nom et se rua sur moi, espérant m’arrêter.
Je l’attrapai par le cou, la soulevant dans les airs avant de la jeter au sol.
Mes mains libérèrent un torrent d’énergie cosmique corrompue, qui s’abattit sur elle dans un fracas de feu et de lumière.

Mes yeux étaient devenus deux abîmes — noirs comme le vide, cerclés d’une lueur rose mourante.
Je voyais tout.
Je comprenais tout.
Et je n’étais déjà plus entièrement moi.

Alors, le ciel s’ouvrit.
Une lumière colossale descendit du firmament.
La Divinité de la Destruction.
Volgarion, le Gardien de la Destruction.

Il s’éveilla, sa silhouette draconique et céleste se dressant à travers les nuées.
Il leva son épée — un éclat d’univers condensé — et me frappa de plein fouet.
La lame traversa mon corps, mais la douleur se changea en puissance.
Chaque coup qu’il portait, je l’absorbais, l’intégrant à mon essence brisée.

Le monde lui-même semblait hurler.
Je levai alors la main, et un rayon crépusculaire jaillit de mes paumes, frappant la Divinité en plein cœur.
Volgarion chancela, mais un rugissement cosmique déchira le ciel.

Je vis Volgarion courir vers moi, désespéré, agrippant l’artefact de destruction que j’avais jadis tenté de briser.
Il activa le noyau, espérant m’arrêter.
Le ciel devint blanc.
Un éclair frappa le sol.

Tout se figea.

Et là, dans la lumière, je la vis.
Qyny.
Ma fille.
Celle que j’avais repoussée pour la sauver.

Elle retomba du ciel, ses ailes brûlant d’un éclat rose incandescent.
Elle se jeta vers moi, ignorant la tempête, ignorant la mort.

— Maman ! cria-t-elle d’une voix brisée.
— Si tu tombes, je tombe avec toi !

Je la regardai, les larmes coulant malgré la corruption.
Nos yeux se croisèrent une dernière fois.
Et dans un souffle où l’amour se mêlait à la fin du monde, je murmurai :

— Alors… tombons ensemble.

Le royaume s’illumina d’une lumière infinie.
La matière se dissout, les âmes se dispersèrent, et le temps lui-même se plia.
Dans ce vide — un monde inexistant, éternel et silencieux —
une mère et sa fille s’unirent une dernière fois.

Et le monde de Technobot changea à jamais.

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